A l'agonie...
Ce soir, je suis rentrée dans ce bar. Seule. Assise a notre table. Seule. C'était notre endroit préféré. Celui ou tu commandais toujours deux cafés et un chocolat chaud pour moi. Ou tu me racontais des milliers de choses qui me faisaient sourire, pleurer et rire en éclat. Dans nos plus beaux silences, il y avait les tintements des verres au comptoir du bar, une douce mélodie en fond sonore, un froissement de journal, des claquements de talons, des chahuts d'enfants. L'éclairage avait beau être funeste, tes yeux reflétaient la plus belle des lumières. Celle de notre amour. Des fois, avec maladresse tu renversais ton sachet de sucre sur la table et tu rapportais timidement à tes lèvres les minuscules grains sur le bout de tes phalanges humide. Je ne me lassais jamais d'écouter ta douce voix évoqué tes souvenirs, tu me parlais de tes parents, de celles que tu avais aimés... Tout semblait si beau, si léger. Tu me prenais la main, la passais dans les recoins de ton visage et y laissait un baiser délicat. Je ne pouvais que sourire.
Au fond, près du grand escalier, dans l'obscurité, il y avait un piano. Je te taquinais toujours un peu, avec l'envie déchirante de voir tes petites mains s'entremêlées aux touches monochrome, mais tu refusais toujours, et tes pommettes rougissaient. Lorsque je m'absentais quelques minutes, tu sortais un grand cahier a spirale et tu écrivais des choses que tu disais personnel, des sentiments enfermés entre les lignes que tu ressortirais quelques années plus tard. Je passais derrière toi, t'embrassais rapidement dans le cou, respirant les effluves de ton parfum. Tu me souriais. Je te racontais mes journées, tu m'aidais pour mes devoirs et c'était amusant. On avait des projets d'avenir. De vie. D'amour. Mais un jour, je t'ai attendue. Devant les portes de ce foutu bar. Tu n'es jamais venu. Tu ne reviendras jamais. Mon amour, mon pianiste...